18 avril 2008
Petit précis desprogien à l'usage de l'élite et des malpolis
Ce petit tricot scribouillard sera mon hommage à Pierre Desproges (pas si général que ça, d’ailleurs l’hommage : à part Paris première, aucune chaine de télé n’a commémoré cette date. Il a pourtant laissé des pépites télévisuelles : vous pouvez d’ailleurs en trouver un bel aperçu sur Dailymotion. La vérité m'oblige à dire que France Info lui rend hommage toute la journée, mais quand même...) Vous le comprendrez vite, je me suis permis de composer un truc « à ma sauce » en incluant un bon nombre de citations (tout ce qui est gras et italique est de la plume du maître…) dans le but unique de vous donner envie de vous précipiter sur l’ensemble de son œuvre que vous pourrez retrouver ici)
Pour les plus rebutés à la vue de la longueur de mon billet ou les moins accros à Desproges, à la prochaine…
Salut ma hargne, bonjour ma colère, et mon courroux, coucou : il y a 20 ans aujourd'hui que Pierre Desproges est mort d’un cancer. Etonnant, non ? Il est enterré au Père Lachaise ; à ce sujet, je vous signale que la fille Tabouret épouse le père Lachaise (je dis ça pour meubler)… C’est le moment d’écraser une larme, en envisageant la fin du grand homme : c'est horrible : partir comme ça, sans avoir vécu la Troisième Guerre Mondiale avec ma chère femme et mes chers enfants courant nus sous les bombes.
Certains pensent qu’en cette occasion, je vais dire du bien de lui. A force de clamer partout qu’il est mon maître à penser, d’aucuns peuvent croire que je l’idolâtre (notamment mes collègues qui peuvent difficilement passer une journée sans subir au moins une de ses citations). Et bien pas du tout. Pierre Desproges n’était pas quelqu’un en qui on pouvait avoir confiance. La preuve ? N’avait-il pas dit un jour : je n'aurais pas le cancer. Je suis contre ? Pire, il avait avancé sans réfléchir des allégations mensongères en affirmant je vous préviens, croque-morts de France : mon cadavre sera piégé. Le premier qui me touche, je lui saute à la gueule. Renseignements pris auprès de Borgnole, rien de tout ça n’est arrivé et il est assis à la droite de Dieu : c'est normal, c'est la place du mort.
Certes, les plus spécialistes d’entre vous me rétorqueront qu’il avait bien affirmé que plus cancéreux que moi, tumeur... Il nous avait prévenus aussi en nous citant un de ses célèbres dictons : Thierry le Luron est mort. Coluche est mort. Jamais deux sans trois , ou le non moins célèbre Noël au scanner, Pâques au cimetière, mais ce n’est pas une raison. Pouf, pouf.
Faites un sondage : plantez-vous au coin d’une rue, ou ailleurs, dodelinez de la tête de là à là avec un sourire enfantin en disant « tic tac » : les réactions vont fuser –pour peu que vous ne tombiez pas, comme il m’est arrivé récemment, sur un restant de la colère de dieu dénué de toute culture- : « Pierre Desproges », « Monsieur Cyclopède », le « Tribunal des Flagrants délires »… n’en jetez plus ! Toutes ces références tendent à faire croire que Pierre le Grand n’était qu’un humoriste. Mais que nenni…
Je prouverai ici, au travers de ce petit texte, qu’il est impossible de réduire Pierre Desproges à cette fonction de (génial et grandiose) amuseur public : il est temps de rendre à César que qui appartient à Jules, et de dire qu’il était historien, critique littéraire, grammairien, naturaliste : que sais-je encore? Tenez : peu de gens le savent, même parmi ses admirateurs, mais il était aussi tailleur (ne peut-on d’ailleurs voir une suggestion de cet état de fait, délicate et légère comme la rosée d’avril sur la prairie languissante, en l’entendant nous dire « son père était tailleur, mais sa mère était là, c'est le principal. » Pourquoi était-il tailleur ? Hein ? Vous en connaissez beaucoup des gens capables de tailler des costards si bien adaptés à autant de physionomies différentes : Hersant a toujours été un homme discret et très effacé, notamment pendant la résistance. BOUM ! Jacques Lacan nous a quittés, trop tard sans doute par rapport à l’immensité de conneries qu’il avait encore à dire. PAF ! Schwartzenberg est pour l’euthanasie parce que c’est plus facile pour avoir sa photo dans France-Dimanche que quand on est contre. BING ! Mais où avez-vous vu qu'elle était respectable, la personne humaine ?
Vous avez entendu chanter Francis Lalanne ? Vous avez entendu penser un footballeur ? GRR ! Le jour de la mort de Brassens, j'ai pleuré comme un môme.
Alors que - c'est curieux - mais, le jour de la mort de Tino Rossi, j'ai repris deux fois des moules…
Mais s’il égratignait parfois ses semblables, c’était toujours avec une réelle objectivité qui le poussait à mettre en avant les qualités intrinsèques (non je n’ai pas écrit entre-insecte) de ses « victimes » : ainsi reconnaissait-il que Bernard-Henry Lévy est très joli, avec ses cols Claudine et son petit nez fin. Quand il bouge le cou, ses ondulations capillaires chatoient aux sunlights en vagues émouvantes que la secrétaire bilingue aimerait caresser. C’est un homme fort séduisant. Force est de reconnaître qu’il y allait parfois un peu fort par exemple lorsqu’il parlait de Brice Lalonde : on me dit que vous êtes écologiste ? […] c’est beau. C’est sublime ! C’est même incroyable qu’un garçon aussi peu gâté par la nature soit aussi peu rancunier… Mais était-ce sa faute à lui, pauvre Pierre, si ce garçon était laid comme un concerto de Shöenberg ?
Outre ses incontestables talents de costumier, qui ne sont plus à démontrer, après mon vibrant plaidoyer, il était aussi un grand historien, et sans lui, bien des vérités historiques ne seraient pas parvenues jusqu’à nous. Ainsi, son regard perçant scruta t’il l’Antiquité pour nous apprendre à reconnaître les origines de notre grandiose culture : observons un grec ancien : il est enveloppé dans un drap, il tient un parchemin et il apporte au monde la civilisation.
Qui d’autre que lui pour nous faire entrer dans les chambres secrètes de l’histoire d’où, à la rubrique « confession » il a rapporté cet échange édifiant: « Faute avouée est à moitié pardonnée », disait Pie XII à Himmler ? Et qui d’autre pour nous expliquer sans broncher que le 7 janvier 1980 : guidés par leur bonne étoile, 50000 rois mages sont arrivés à Kaboul.
A la lecture de ces lignes, certains peuvent penser que ma démonstration n’est que pure tautologie, et que Desproges était bel et bien un humoriste, grand certes, mais uniquement humoriste. Resterez-vous accrochés à vos convictions telle la moule à son rocher en vous remémorant cette phrase publiée sous la rubrique «histoire » : Austerlitz, c’est nous. Auschwitz, c’est loin ? Desproges était un philosophe comme on n‘en fait plus. J’en veux pour preuve cette réflexion d’une profondeur peu commune : faut-il réévaluer la spéculation astro-mythologique de Freud dans son approche structuraliste de la psychosomatique fliessienne ? » Réponse : « ah, ça dépend…. »
Sans doute est-ce la finesse de sa connaissance historique qui lui avait donné cette capacité d’analyser la chose militaire : ainsi nous apprenait-il qu’iI ne faut pas désespérer des imbéciles : avec un peu d’entraînement, on peut arriver à en faire des militaires. D’aucuns se seraient contentés de railleries faciles à l’encontre de l’armée, en disant par exemple que si les cons volaient, le ciel serait kaki.
Mais Maître Desproges, en scrutateur scrupuleux alla jusqu’à étudier les mœurs des populations qu’il dépeignait pour nous livrer ce sublime exemple digne du plus grand des interactionnistes : à un général, on dit « mon général », à un colonel on dit « mon colonel », à un adjudant on dit « mon adjudant », à un deuxième classe on dit « ta gueule », à condition d’être adjudant.
Si votre fibre patriotique s’irrite ici de ce qui peut apparaître à l’œil non rôdé à l’art desprogien comme étant une dénégation d’une valeur, mamelle de la patrie, n’allez pas croire qu’il s’en prenait uniquement à la grande muette. En voici une preuve irréfutable : quand quarante personnes s'habillent comme un con, c'est l'ACADÉMIE FRANÇAISE. Quand mille personnes s'habillent comme un con, c'est l'ARMÉE FRANÇAISE. N’empêche que quant à ces féroces soldats, je le dis, ce n'est pas pour cafter, mais y font rien qu'à mugir dans nos campagnes….
Je vous entends d’ici dire « oui, il ne respecte rien, pas même l’académie française ». Mais est-il plus important de dire du bien (ou pas de mal) de la vieille dame du quai de Conti ou de défendre bec et ongles, notre langue ? Qui, mieux que lui luttait contre la suprématie de la perfide Albion et de sa langue, hein ? Qui refusait de se soumettre à ce dictat de la prononciation à propos de WC Fields : Double V. C. Fièlds ( je dirai "DA-BELL-YOU-CI FILDS" le jour où les américains dirons "CHAMPS-ÉLYSÉES" au lieu de "TCHEMPZILAÏZIZ" )
Qui encore pour manier avec une telle élégance et une telle légèreté les subjonctifs et autres imparfaits du genre ? Si les ministères concernés m’avaient fait l’honneur de solliciter mon avis quant aux paroles de la Marseillaise, j’eusse depuis longtemps déploré que les soldats y mugissassent et préconisé vivement que les objecteurs y roucoulassent, que les bergères y fredonnassent et que les troubadours s’y complussent.
Quel simple humoriste se serait mêlé de donner des définitions de mots aussi peu usités que xiphophore, ysopet, uropygienne, zeugma ou gynécée " Ou kilé li misée di lôvre ?- Gynécée pas. (je m’oppose farouchement à la conception de la culture comme simple produit de consommation: aussi, pour être fidèle à mes convictions, ne vous donnerai-je point ici les définitions desdits mots ci-dessus et vous renverrai tout de go vers l’incontournable, indispensable, irremplaçable « dictionnaire à l’usage de l’élite et des bien nantis » dont auquel que j’avais déjà causé ici, et parce que sinon, on n’est pas couchés…)
Je ne saurais terminer ce chapitre sur Desproges et la langue française sans rappeler ici quelques morceaux choisis de ses pages roses. Sans lui, pauvres de nous qui avons oublié notre latin, et qui nous bornons à déplorer qu’il y ait des épines aux Rosa (ah, non, ça, c’est pas de Desproges…), comment traduirions-nous ces latines locutions de la vie quotidienne ? Qui d’autre pour nous rappeler les significations ancestrales de Fiat lux : oh, la belle voiture. Testis unus, testis nullus : on ne va pas loin avec une seule couille. Ite missa est : je l’ai perdu à la gare de l’Est (ne doit s’employer que si on l’a perdu à la gare de l’Est). Alea jacta est : ils sont bavards à la gare de l’Est. Ecce homo : voici la lessive ou encore le célèbre Eli, eli, lamma sabachtani : ciel, ciel : mon mari !
Après cet étalage de culture ( n’oubliez pas à ce sujet de vous poser la vraie question, la seule qui vaille est-il indispensable d'être cultivé quand il suffit de fermer sa gueule pour briller en société ? Dites vous bien que l’intelligence, c'est comme les parachutes, quand on n'en a pas, on s'écrase), après cet étalage de culture, avouez que ses incartades quant à l’académie française peuvent bien être remisées… D’autant qu’il eut, en ses pages, le mérite de rendre hommage à l’académie en en contant l’histoire : c'est en 1635 que Richelieu Drouot créa l'Académie française. Pourquoi ce nom d'Académie française ? C'est la question que tout le monde se pose sauf les académiciens français qui s'en foutent du moment qu'ils n'ont pas froid aux genoux et qu'ils peuvent brouter tranquillement leurs crayons sous leur pupitre.
C’est grâce à cet habile maniement de la langue de Molière et de son ami Reiser (Philosophe français né d’un péché de la chair et mort d’un cancer des os, NDLR : J.M. Reiser était l’ami de Desproges, pas de Molière, vous l’aurez compris), et bien qu’il fut, quoi qu’il m’en coûte de le rappeler, Limousin, Pierre Desproges fut un critique littéraire à ne pas méconnaître. Mais un critique littéraire, raisonné, pragmatique, qui savait garder le sens pratique pour parfaire sa culture. Il n’avait pas son pareil pour dégotter la « perle » permettant d’appréhender, rapidement et à moindre coût, un philosophe : avec Minutes, pour moins de 10 balles, vous avez tout Sartre: à la fois "la nausée" et "les mains sales". A la rubrique journal toujours, en un mot, une phrase, il était capable de dresser le portrait de tout un lectorat et de toute une horde de plumitifs : l’imbécile lit « France dimanche », le con écrit « ici Paris »
Mais, n’allez pas croire à partir de mes exemples que son analyse littéraire se fut limitée à la presse écrite : les textes sacrés n’avaient pas échappé à sa sagacité, ainsi, le Capital : c'est comme l'annuaire, au bout de 3 pages, on décroche. Ah, qu’il avait l’art de trousser le compliment à partir de quelque exemple de la vie quotidienne : je pense qu’en lisant ces lignes le sieur Sollers a dû revoir à jamais l’ensemble de son œuvre : le plafond de la cabine d'ascenseur [avait une] platitude [qui] n'est pas sans évoquer les plus belles pages de Philippe Sollers.
Je ne pourrais parler de Desproges et de la littérature sans évoquer la remarquable interview qu’il avait faite de Françoise Sagan pour l’inénarrable Petit rapporteur (soit dit en passant, bien que je me défende ici de donner de Desproges l’image d’un humoriste, à la lumière de ses prestations, ne peut-on pas trouver comme qui dirait un goût de réchauffé à certains comiques actuels ???) D’autres monuments littéraires ont bénéficié de ses faveurs, telle Marguerite Duras (qui) n'a pas écrit que des conneries: elle en a filmé, aussi…
La vérité m’oblige à avouer que parfois, il s’emmêlait un peu les pinceaux et confondait ses sources : les plus grands penseurs de notre histoire ont dit des choses passionnantes à propos du bonheur : « le bonheur est fait des malheurs qu’on na pas » (je ne sais plus très bien si c’est Montaigne ou Malherbe qui l’a dit ». ou encore « les gens malheureux ne connaissent pas leur bonheur (là je ne sais plus très bien si c’est Descartes ou moi ). Même les meilleurs ont droit à un peu d’indulgence, et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ? Non !... CQFD.
La fée qui tenait la baguette de l’analyse politique n’avait pas non plus oublié de se pencher sur le berceau du petit Pierre qui constatait que l'enfant croit au Père Noël. L'adulte non. L'adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote. Pour sa part, impossible de le taxer de sectarisme puisqu’il avouait lui-même qu’à part la droite, il n'y a rien au monde que je méprise autant que la gauche. Néanmoins, quelles qu’aient été ses orientations politiques, la rigueur demande de souligner sa sempiternelle objectivité à la différence de représentants de groupes politiques –à ses yeux- peu recommandables : c’est à cela qu’on reconnaît les communistes : ils sont fous, possédés par le diable, ils mangent les enfants et, en plus, ils manquent d’objectivité.
Mais loin d’errer deci-delà dans les couloirs glissants de la pensée, Pierre Desproges avait l’âme simple et primesautière d’un amoureux de la nature, et il savait la décrire en s’émerveillant de ses prodiges. Ainsi, à propos des canards –dont son article détaillé sur l’uropygienne nous révéla cet intime détail-, constatait-il, ému que les canards mâles ont au derrière le plumage vif et chatoyant que les mousquetaires ont au chapeau pour affirmer leur virilité. Les canes ont le plumage gris terne que les concierges ont dans l’escalier pour souligner leur féminité. Quel autre naturaliste aurait dressé pareil tableau ? Qui encore pour dresser le portrait à tiroir (lisez, je vous en conjure, la définition du Pangolin dans le « Dictionnaire », et le rectificatif qui en fut fait dans « Fonds de tiroirs »… Allez, c’est bien parce que c’est vous, je vous en donne un –tout petit- aperçu : le pangolin ressemble à un artichaut à l'envers avec des pattes, prolongé d'une queue à la vue de laquelle on se prend à penser qu'en effet, le ridicule ne tue plus.)
Comme je l’ai montré plus haut avec l’exemple des militaires, Desproges avait une précision d’entomologiste pour décrire les mœurs des groupes sur lesquels ils se penchait et nul aspect n’échappait à sa perspicacité : pour preuve, cet édifiant descriptif d’habitudes animales : le hibou se perche, la chauve-souris se pend, le serpent se love, le ham s'ter.
S’il n’y avait qu’une chose à retenir, c’est la pertinence des exemples qui savaient rendre parlant n’importe quel concept abscons (je vous en prie). Celui-ci en est un des plus beaux exemples, issu, toujours du « dictionnaire »: Quadrumane : Qui a quatre mains. Exemple : le rossignol n'est pas quadrumane.
Vous l’aurez compris, rien de ce qui constitue la véritable culture d’un honnête homme n’échappa à Pierre le Magnifique. Tiens, je me demande même s’il n’était pas un peu médium sur les bords ? Comment ça je déraille (attention, chers amis, vous pouvez railler, mais n'oubliez jamais qu'un jour ou l'autre, c'est celui qui raille qui l'a dans le train) Je disais donc que Desproges parvenait à percer à jour les dernières paroles des défunts, ou de ceux en passe de l’être. Par exemple, c’est lui qui nous a conté les dernières paroles de la Pucelle d’Orléans qui mourut dans les flammes en lançant vers Dieu ce cri d’amour « Mon Dieu, Mon Dieu, baisse un peu le chauffage » Dans un brillant Chapitre vroum, c’est lui encore qui a rapporté pour nous le dernier échange terrestre de la petite sainte de Lisieux : Ste-Thérèse : Je veux quitter ce monde et fondre en ton amour. Emporte-moi, Seigneur, vers l'éternel séjour! Le chauffeur de taxi : Vous avez un itinéraire préféré ? D’aucuns auraient pu tirer quelque gloriole de révéler les dernières paroles des stars : mais lui savait traiter de la même manière les petites gens même s’il constatait que les dernières paroles des tués au volant sont généralement décevantes. C'est le plus souvent du style : Ah ! Merde, j'ai fait tomber ma ciga... BOUM ou encore : Ah ! Merde, on va rater Guy Lux, faut foncer sinon AAAH ! BOUM !
Bref, Pierre Desproges savait redonner son sens profond à la vie, en obligeant ses lecteurs, ses auditeurs et ses spectateurs (oui, car, comme il le disait lui-même, cet homme était un génial touche à tout. Mais il ne s‘était pas fait tout seul et rendait grâce à son mentor, Claude Villers est un homme juste et bon qui m’a sorti de la médiocrité télévisuelle où je stagnais pour me plonger dans la nullité radiophonique où j’exulte.) Avant que de m’interrompre sans même m’en être demandé la permission (pouf, pouf) je disais que Desproges obligeait son lecteur, son auditeur ou son spectateur à se poser les vraies questions : Pourquoi ? Pourquoi cette fausseté dans les rapports humains ? Pourquoi le mépris ? Pourquoi le dédain ? Où est Dieu ? Que fait la police ? Quand est-ce qu’on mange ?
Il est temps, pour nous, d'observer ensemble, si vous le voulez bien, une minute de silence.
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(1) Kof, kof.
(2) Prout.
(3) Vos gueules.
A ce stade de lecture, public chéri, mon amour, je dis ça pour ceux qui ne sont pas encore tombés sur leur clavier, ou qui ne sont pas partis voir ailleurs, tu dois te demander comment MOI féministe, je peux aimer Desproges. D’où, diable, lui vient cette réputation de misogyne ? Il a écrit sur les femmes des choses magnifiques (trêve de plaisanterie d’ailleurs : lisez son unique roman « des femmes qui tombent », un monument –hélas méconnu- de délire nimbé de poésie. Si vous avez lu Vian, vous y retrouverez, un peu atténuées cependant, bien qu’il m’en coûte de le signifier à ce stade de mon panégyrique, les élucubrations mêlées d’envolées lyriques du plus bel effet).
Il a décrit la femme avec sa rigueur de naturaliste : la femme est une substance matérielle organique composée de nombreux sels minéraux et autres produits chimiques parés de noms gréco-latins qu'on retrouve également chez l'homme, mais dans des proportions qui forcent le respect.
Néanmoins, il avait l’objectivité de ne point considérer la femelle que d’un point de vue organique. Lisez plutôt ceci : dépourvue d'âme, la femme est dans l'incapacité de s'élever vers Dieu. En revanche, elle est en général pourvue d'un escabeau qui lui permet de s'élever vers le plafond pour faire les carreaux.
Au fil de son œuvre, vous trouvez ça et là des pépites amoureuses dédiées à son Hélène, sa femme auprès de qui [il avait] acquis une solide réputation de monogame.
En conclusion, écoutez Pierre Desproges parler d’amour : de grâce, lisez l’incontournable « manuel de savoir vivre à l’usage des rustres et des mal-polis » et apprenez à différencier l’amour de l’amitié ou l’amour des toilettes. C'est extrêmement simple : l'amour est enfant de Bohème, alors que les toilettes sont enfant du couloir, à droite. Et c’est avec ce pragmatisme d’éthologiste qui le caractérise qu’il décrit minutieusement le sentiment amoureux : « Le tendre penchant » peut se manifester à tout moment et en tout lieu, au bal, à la fête foraine, dans l’autobus, plus rarement au cours d’une mêlée ouverte dans le tournoi des 5 nations. Une fois passé ce stade premier du « tendre penchant », la suprême créature de Dieu (sans qui l’oiseau qui trille, le soleil qui brille et le cancer qui ronge n’existeraient pas), se doit de passer aux choses sérieuses : quand vient la saison des amours, l’homme frotte la rugosité brutale de son teint buriné contre l’incomparable fraîcheur du teint scandinave de la femme, et leurs corps se mêlent dans un élan d’amour puissant et magnifique, mais il ne faut pas non plus exagérer parce que finalement c’est pareil pour les cochons, les vaches, et même les phacochères…
Mais toujours, même subjugué par l’extase amoureuse, le grand homme sut conserver son objectivité et force est de rappeler que ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde…
Je dois avouer que j’ai eu très peur de ne pas arriver à torcher ce petit compliment pour le jour J. Or, je me devais de respecter le délai : en effet, mon ami, le regretté ministre Robert Boulin, et moi-même avions en commun cette obsession de la ponctualité. Je l'entends encore : "Je suis dans les temps, je suis dans les temps..." Tiens, si j’osais, pour conclure en un cynisme inconnu de l’univers Desprogien, je citerais bien cette dernière phrase que j’apprécie particulièrement et qui s’articule si bien avec ce qui précède : quand on plonge un corps dans une baignoire, le téléphone sonne !
Etonnant, non ?
Commentaires
MAGNIFIQUE
Quel bel hommage!
Je n'ai rien d'autre à ajouter...
Merci !
Je suis une fan de Desproges de la première heure, tu as fait un excellent résumé de son oeuvre !
Ca fait du bien de voir qu'on ne l'oublie pas !
étonnant
Bien qu'essuyant une ou même plusieurs larmes, j'ai ri tout de même, car il est impossible de ne pas le faire. De tout ce que j'ai lu sur lui dans les hommages qui lui sont rendus, c'est sans doute le tien qui lui est le plus fidèle et c'est donc bien pour te complimenter que je dirais que c'est du Desproges. Il nous manque le bougre, qui pourrait encore aujourd'hui entrer en scène en disant :"on m'a dit que des juifs s'étaient glissés dans la salle". C'est devenu impossible, non à cause des procès, mais parce que personne n'ose plus signer et persister.
Je ne me suis pas osée à l'hommage car je ne me sens pas la plume assez desprogienne.
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